« L’accueil de Monsieur Bonnet fut doux et affectueux »

Louise Durand relate un dîner à la maison bourgeoise de Jujurieux en 1864, offert par Claude-Joseph Bonnet à l’occasion de la remise de la croix de la Légion d’honneur à son neveu Jules.

La maison bourgeoise de Claude-Joseph Bonnet à Jujurieux, avec sa façade aux 27 fenêtres et son orangerie.

ais le beau du beau, c’est que, hier dimanche, nous dinions royalement chez M. Bonnet. Il s’agissait de recevoir Jules chevalier de la Légion d’honneur. Il avait choisi son oncle pour le recevoir, alors l’oncle avait invité la famille et quelques amis, entre autres M. le Premier1, qui n’accepte jamais plus, mais qui, pour la circonstance, avait fait fléchir ses austères principes ou systèmes.

L’accueil de M. Bonnet fut singulièrement doux et affectueux. Il s’occupa de tout et la veille encore, il avait envoyé une estafette pour que je ne sais quoi soit ainsi plutôt qu’autrement. On dinait à quatre heures et demie, cinquante personnes, les parents d’abord, nous, les Latour, les Champollon, quelques employés de la fabrique, M. Benoit2 , les Maupetit, Mme Agar3 3, sa mère.

 La salle à manger était la serre toute tapissée d’oranger et de fleurette [sic] ; huit candélabres brûlaient déjà sur cette immense table ; un grand arbuste au milieu d’une immense corbeille de fleurs et de fruits fleurissait au milieu de la table, puis un dessert jeté au milieu des mousses, des fleurs, des corbeilles de fruits placés de toutes sortes, quartiers d’oranges, poires, prunes, cerises. Le tout venait de chez Randin4, c’est tout dire. Le maître d’hôtel était arrivé dès le matin. Enfin, tout fut à souhait.

A la fin du dîner, Jules vint près de son oncle qui prononça la formule, Jules ému dit : je le jure et son oncle l’embrassa avec effusion. Jules, revenu à sa place, debout, dit quelques mots bien sentis à l’adresse de son oncle sur sa bonté, sa protection constante, ses bons conseils et surtout ses bons exemples auxquels il devait tout ce qu’il était. Nous étions tous émus, nous applaudîmes tous. M. Maupetit5 se leva et proposa la santé de M. Bonnet, autre applaudissement et l’on but. M. Gilardin alors se leva et prononça un charmant petit discours, où étaient célébrées les vertus de l’oncle, les rares qualités du neveu ; on se réattendrit encore et on rebut.

 Songe, ma mie, que nous avions tous les honneurs du banquet : Nina6 à côté de Jules, Henry à côté de la dame qui était à gauche de M. Bonnet et moi à la droite de cet excellent homme qui ne cessa de me dire que ce jour était un beau jour pour lui, que son neveu le satisfaisait entièrement, qu’il était entouré de tous les siens et de ses amis de cœur, et puis il me parla de ses petits de Belgique7 ; il voudrait les aller voir. Il dit plusieurs fois : ah ! que je voudrais les aller voir. L’obstacle, c’est qu’il est très souffrant, ce n’est pas la pierre mais quelque chose d’approchant…

Jujurieux, 10 octobre 1864.

Lettre de Mme Henry Durand à sa fille, Papiers Olphe-Galliard

  1. Alphonse Gilardin, Premier président de la cour impériale de Lyon. ↩︎
  2. Louis-Frédéric Benoit, l’architecte du château construit par Jules Bonnet à Jujurieux. ↩︎
  3. Eloïse Lacroix et sa mère, soeur de Claude-Joseph Bonnet. ↩︎
  4. Restaurateur à Lyon, rue de l’Arbre sec. ↩︎
  5. Le baron Maupetit, maire de Jujurieux. ↩︎
  6. Mme de Latour, sœur d’Henry Durand. ↩︎
  7. Les enfants de Victor Bonnet. ↩︎

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