Julie J. enfant de l’assistance, exprime sa gratitude

Mentionnée dans le livre d’Henri Pansu pour la malveillance dont elle fait l’objet de la part de camarades d’usine, Julie J. présente son placement à la maison Bonnet commet une chance, dans cette lettre à l’inspecteur de l’assistance.

Jujurieux le 30 décembre 1896

Monsieur l’Inspecteur,

C’est en ce jour que je viens vous offrir mes voeux et mes souhaits de bonne année accompagnée d’une bonne santé, la prospérité dans votre famille.

Monsieur l’Inspecteur, je ne peux assez vous être reconnaissante de la grande bonté que vous avez eu de m’envoyer dans cette bonne maison où l’on reçoit de si bons conseils et des soeurs si bonnes pour nous, elles remplacent nos mères, je vous dirai que l’on est très bien nourri, ça nous manque de rien, on renonce sur tout.

Monsieur l’Inspecteur, ne soyez pas fâché si je vous le dis, mais je n’ai pas besoin d’aller acheter du pain pour me nourrir comme je faisais chez mon patron et je dors au moins tranquille, je n’ai .pas besoin de fermer ma porte à clé. Je vais bien, ce que je veux vous dire est de savoir ce qu’il en a dit après moi, non pour l’oublier, je ne peux pas, je m’en suis trop vu, je vous assure, Monsieur l’Inspecteur, que c’était l’heure de m’enlever de là-bas, car le chagrin me prenait toujours plus fort, je ne savais plus ce qu’il fallait faire, on a bien raison de dire que ces pauvres enfants comme moi sont bien maltraités, c’est bien vrai, parce que l’on a ni père ni mère, on en profite. Mais maintenant je suis dans une bonne maison, je tâcherai de rester longtemps, Monsieur l’Inspecteur, il a encore du linge qui est à moi, il ne veut pas me l’envoyer, qu’il le garde, seulement notre bonne mère n’a pas attendu que je l’ai reçu, elle m’a tout donné ce qu’il me fallait, mais je prie beaucoup pour elle pour que le bon Dieu la conserve longtemps au milieu de nous.

Monsieur l’Inspecteur, tout ce que le temps me dure, c’est de mon bon père nourricier qui était si bon pour moi.

Monsieur l’Inspecteur, vous me direz bien que je suis malhonnête de ce que je ne vous ai pas écrit plus tôt mais je n’en peux pas davantage, je me suis fait mal à la main et je ne peux pas encore bien écrire.

Recevez, Monsieur l’Inspecteur, mes salutations.

Julie J.

[L’orthographe a été rétablie]

Dossier Julie J., Arch Dép. Haute-Savoie, Enfants assistés

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