« Unissons nos efforts pour terminer la révolution »

Dans cette missive adressée à leurs adhérents de Jujurieux, les Jacobins d’Ambérieu appellent « le peuple » à ne pas tomber dans le « piège » d’une « ardeur turbulente » et prônent une attitude « ferme et tranquille ».

Société des Amis de la Constitution d’Ambérieu

aux citoyens de Jujurieux affiliés à la Société.

le 7 avril 1791

Frères et amis

Dans le cours d’une révolution où les plus antiques préjugés et les intérêts les plus puissants sont attaqués tour à tour par la raison et la justice, la résistance recommence à chaque combat ; et jusqu’à ce que l’œuvre soit consommé, chaque victoire de l’intérêt public est l’occasion d’une lutte plus ou moins animée, d’une crise plus ou moins orageuse.

Telle est la situation des français depuis près de deux ans; mais la persévérance des citoyens recueillera bientôt le prix de tant de courage et de sacrifice, si veillant sans cesse sur nos intérêts, invariables dans nos sentiments, et dans leur manifestation, nous savons nous abstenir d’une impatience inconsidérée et ne pas troubler de nos propres mains le travail qui se prépare pour nous.

Si tel est le conseil de la raison, telle est aussi la leçon de l’expérience.

Unissons donc, frères et amis, nos efforts pour terminer la révolution par la même que nous la défendrons, et prenons pour guide la loi; la loi devenue enfin l’expression de toutes les volontés et le résultat de tous les intérêts, peut seule nous imprimer un mouvement commun, nous diriger sur la même ligne ; et nous assurer toujours la victoire, en nous opposant en masse aux efforts épars de nos ennemis. 

Suit la chronologie des activités de la société. Le compte rendu épingle, au passage, la municipalité de la ville voisine de Lagnieu qui excite le peuple à refuser l’impôt, persiste à reconnaître des ordres en France, c’est-à-dire l’inégalité, et traite la société d’Ambérieu, qui ose dire ce qu’elle pense d’une telle attitude, de secte et d’ennemie de l’ordre… Le discours reprend ensuite :

Pour tout dire, frères et amis, apprenons au peuple à faire respecter ses droits par une contenance ferme et tranquille, disons-lui que les mouvements d’une effervescence inquiète sont le piège le plus dangereux que puissent lui tendre ses ennemis; disons-lui que par une ardeur turbulente, il retarderait la confiance qui l’attache de jour en jour à la nouvelle constitution, et qui ramenera bientôt parmi nous le travail et la prospérité;disons-lui que ses représentants poursuivent sans interruption leur vaste entreprise, que tous les moments sont précieux, qu’il se garde d’entraver la marche de leurs travaux, qu’il doit désirer la paix, parce que c’est au sein de la paix que peut s’affermir l’édifice de notre constitution.

 Et nous amis de cette constitution, instruisons en même tems le peuple et de ses devoirs et de ses droits, ne cessons de travailler pour la révolution, défendons-la contre ses ennemis, que chaque jour leur impose silence par le résultat de nos travaux, et rendons sensible pour tous cette vérité profonde, honorable pour l’humanité, que les hommes indépendants, incapables de fléchir sous la tyrannie, sont aussi les véritables amis de la paix, et les seuls qui sachent offrir aux lois de leur pays un culte qui soit digne d’elles.

Nous sommes avec fraternité, les membres composant le comité de correspondance

J. Bonnet président, Henry Corbet, L.F. Savarin vicaire, Fabry 

Papiers de J.B. Bonnet, Papiers Cossieu

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